Pierre Mongeot, un pionnier de Sanary

Pierre Mongeot est le fils du garde-champêtre de Sanary des années 30-40; dans ses missions il avait celle de porter les messages officiels ou de représenter l’autorité lors de divers actes. C’est ainsi que le père de Pierre Mongeot est évoqué dans « Le diable en France » de Lion Feuchtwanger, écrivain allemand exilé à sanary de 1933 à 1940, année de sa fuite aux Etats-Unis.

« Nous habitions sous le grenier de la mairie et dans ma chambre passaient les chaînes des poids de l’horloge » On ne risquait pas de manquer l’école chez les Mongeot.

Nous avons rencontré Pierre Mongeot en septembre 2011, grace à Stéphane Balistréri et nous avons recueilli ses souvenirs:

PIERRE MONGEOT AU MUSEE EN SEPTEMBRE 2011, IL EXPLIQUE LE MANIEMENT DE SON APPAREIL PHOTO SOUS-MARIN.
Photo Stéphane Balistréri

Voici donc les souvenirs de Pierre Mongeot:

« Monsieur Dubois réalisait ses fabrications dans le garage d’une maison particulière située à droite en venant du Colombet et en arrivant au carrefour avec la route d’Ollioules. [villa La Colombine]

Ceci, à la Libération, mais il avait certainement commencé avant, dans la mesure où il connaissait Dumas et Cousteau ; sans doute avait-il vu le masque de Dumas.

[Colette Béraud nous apprend lors des journées du Patrimoine 2012, que c’est en voyant le seau vitré des pêcheurs d’oursins, que Paul Dubois a l’idée du masque. Paul Dubois arrive à Sanary en 1940, dépose son brevet en décembre 44, lequel sera publié en avril 46. ndlr]

J’avais 13 ans en 1943, nous faisions de la plongée et c’est en voyant le masque de Dumas que nous l’avons copié en utilisant des chambres à air de moto.

Nous plongions à Portissol de la plage de la Kima du fait que celle de Portissol était fortifiée. La plage était utilisée par les femmes des officiers allemands, mais on nous laissait plonger, nous allions vers la plage de Portissol du fait que les fonds sont moins profonds.

J’avais également vu des fusils en bois fabriqués par des amateurs et j’en ai fait un semblable. Plus tard je suis passé au fusil tube métallique (duralumin).

S’agissant de Dubois il s’est mis plus tard à fabriquer des combinaisons (de couleur bleue)

A cette époque l’atelier s’était déplacé dans un local voisin qui était doublé par un magasin de vente où les combinaisons étaient fabriquées sur mesure et où l’on pouvait faire effectuer des retouches ou des modifications.

C’est Madame Colette Béraud qui était responsable de cette activité.

En 1946, j’ai construit un dériveur Sharpie 9 m2, la peinture m’a été fournie par Georges Sérénon  qui était alors représentant d’une maison de peinture de Marseille. Avec ce dériveur j’ai remporté en 1949 le Championnat de France Juniors en solitaire.

Francis Pihan de La Forest, avec sa barquette marseillaise (qu’on appelle maintenant plus généralement « pointu ») et Georges Sérénon allaient plonger sur un site, près de la Tourelle des Magnons, au large du Rouveau. J’ai eu le bonheur de participer à quelques unes de ces plongées, par petits fonds, en apnée, car je n’avais pas leur capacité et par sécurité il m’était interdit d’utiliser leur équipement : ils plongeaient avec un « narguilé ».

[Nous consacrerons un prochain article à Georges Sérénon. ndlr]

Avec un ami nous avons rendu sous-marin un appareil photo en l’installant dans un morceau de chambre à air fermée aux deux extrémités par un verre de diamètre un peu supérieur à celui de la chambre et cerclé par une attache métallique (également utilisée pour le masque) du type en usage pour les colis Sncf. Le tronçon de la chambre à air avait été prélevé sur la partie munie de la  valve de gonflage, afin d’augmenter légèrement la pression intérieure.

VIRGINIE BOMANS ARTISTE PEINTRE ET SCULPTRICE NOUS PROPOSE UN CROQUIS DU CAISSON REALISE PAR PIERRE MONGEOT ET ROLAND GERINO.

L’appareil photo utilisé était un modèle simple, bon marché : boîtier parallélépipède en matière synthétique, objectif fixe, viseur, bouton de déclenchement sur le dessus et molète sur le côté  pour le déroulement de la bobine, film 6X9.

Sa largeur correspondait au diamètre de la chambre à air. Après plusieurs essais avec mon ami Roland Gérino, nous avons pu enfin réussir quelques photos sous-marines, dont au moins une de chacun de nous deux à petite profondeur pour avoir une lumière suffisante, c’était en 46-47.

Il est probable que d’autres modèles moins rustiques avaient déjà été mis au point, mais nous étions heureux d’avoir pu réaliser ce bricolage.

Roland Gérino photographié par Pierre Mongeot 1946. Coll. Pierre Mongeot

Nous utilisions à ce moment un des premiers masques Squale.

Pierre Mongeot photographié par Roland Gérino 1946. Coll. Pierre Mongeot